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Madame Bovary, Deuxième partie, extrait du chapitre 12 ?


QUID ? >>>

Par l’effet seul de ses habitudes amoureuses, Mme Bovary changea d’allures.

auteur Gustave Flaubert
œuvre Madame Bovary (1857)
mouvement réalisme

genre roman
type de discours narratif, focalisation omnisciente
registre ironique, dramatique

cadre Yonville, une ville imaginaire de Normandie, au XIXe siècle
actants Rodolphe, Emma, Charles, la mère de Charles
situation Emma Bovary, épouse d'un notable de province, s'ennuie, s'illusionne en s'imaginant vivre une grande passion et en se croyant émancipée dans l'adultère.

quoi ? déchéance (Emma est rabaissée par l’adultère qui était censé la libérer), condamnation (Emma est rejetée par la bourgeoisie d’Yonville dont Flaubert épingle l’étroitesse d’esprit)
comment ? naïveté (elle se complait dans l’illusion d’une idylle romantique), défiance (Emma manifeste une liberté de comportement masculine)
pourquoi ? soumission (Emma cède aux conventions sans manifester ouvertement sa pensée, en gardant une défense superficielle qui la maintient dans son illusion)

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  1. Mais, avec cette supériorité de critique appartenant à celui qui, dans n’importe quel engagement, se tient en arrière, Rodolphe aperçut en cet amour d’autres jouissances à exploiter. Il jugea toute pudeur incommode. Il la traita sans façon. Il en fit quelque chose de souple et de corrompu. C’était une sorte d’attachement idiot plein d’admiration pour lui, de voluptés pour elle, une béatitude qui l’engourdissait; et son âme s’enfonçait en cette ivresse et s’y noyait, ratatinée, comme le duc de Clarence dans son tonneau de malvoisie.
    Par l’effet seul de ses habitudes amoureuses, Mme Bovary changea d’allures. Ses regards devinrent plus hardis, ses discours plus libres; elle eut même l’inconvenance de se promener avec M. Rodolphe, une cigarette à la bouche, comme pour narguer le monde ; enfin, ceux qui doutaient encore ne doutèrent plus quand on la vit, un jour, descendre de l’Hirondelle, la taille serrée dans un gilet, à la façon d’un homme; et Mme Bovary mère, qui, après une épouvantable scène avec son mari, était venue se réfugier chez son fils, ne fut pas la bourgeoise la moins scandalisée. Bien d’autres choses lui déplurent: d’abord Charles n’avait point écouté ses conseils pour l’interdiction des romans ; puis, le genre de la maison lui déplaisait ; elle se permit des observations, et l’on se fâcha, une fois surtout, à propos de Félicité.
    Mme Bovary mère, la veille au soir, en traversant le corridor, l’avait surprise dans la compagnie d’un homme, un homme à collier brun, d’environ quarante ans, et qui, au bruit de ses pas, s’était vite échappé de la cuisine. Alors Emma se prit à rire; mais la bonne dame s’emporta, déclarant qu’à moins de se moquer des mœurs, on devait surveiller celles des domestiques.
    — De quel monde êtes-vous ? dit la bru, avec un regard tellement impertinent que Mme Bovary lui demanda si elle ne défendait point sa propre cause.
    — Sortez ! fit la jeune femme se levant d’un bond. — Emma !… maman !… s’écriait Charles pour les rapatrier.
    Mais elles s’étaient enfuies toutes les deux dans leur exaspération. Emma trépignait en répétant :
    — Ah ! quel savoir-vivre ! quelle paysanne !
Il courut à sa mère ; elle était hors des gonds, elle balbutiait : — C’est une insolente ! une évaporée ! pire, peut-être !
    Et elle voulait partir immédiatement, si l’autre ne venait lui faire des excuses. Charles retourna donc vers sa femme et la conjura de céder; il se mit à genoux; elle finit par répondre :
    — Soit ! j’y vais.
    En effet, elle tendit la main à sa belle-mère avec une dignité de marquise, en lui disant :
    — Excusez-moi, madame.

    Gustave Flaubert, Madame Bovary (Deuxième partie, Ch.12)

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