Analyse de texte (fr) Mouvement littéraire (fr)

L’abbaye de Thélème ?


QUID ? >>>

“Fais ce que voudras.”

auteur François Rabelais
mouvement humanisme, XVIe siècle
œuvre Gargantua (1534)

genre roman d'apprentissage
discours descriptif, argumentatif
registre épidictique

cadre une abbaye utopique
actants les Thélémites
situation Pour le remercier, à la fin du roman, Gargantua permet à son ami Frère Jean des Entommeures de fonder une abbaye utopique, l'abbaye de Thélème (du grec thelema, vouloir) dont la règle est constituée d'un clause unique, "Fais ce que voudras."

quoi ? libre arbitre (liberté de choisir ses pensées), éducation (nécessité d'apprendre en permanence)
comment ? éloge des Thélémites et de leurs savoir-faire, confiance en l'humanité (à condition que les gens soient "bien nés, bien instruits"), parodie d'une abbaye ordinaire (les trois vœux traditionnels, pauvreté, chasteté et obéissance, ne sont pas respectés)
pourquoi ? critique de la religion qui considère l'homme comme un pécheur, célébration de l'amitié et de la fidélité

image_print

+

  1. Toute leur vie était employée, non par lois, statuts ou règles, mais selon leur vouloir et franc arbitre. Se levaient du lit quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand le désir leur venait. Nul ne les éveillait, nul ne les parforçait ni à boire, ni à manger ni à faire chose autre quelconque. Ainsi l’avait établi Gargantua.
    En leur règle n’était que cette clause :
    Fais ce que voudras,

    parce que gens libères, bien nés, bien instruits, conversant en compagnies honnêtes, ont par nature un instinct et aiguillon qui toujours les pousse à faits vertueux et retire de vice, lequel ils nommaient honneur. Iceux, quand par vile subjection et contrainte sont déprimés et asservis, détournent la noble affection, par laquelle à vertu franchement il tendaient, à déposer et enfreindre ce joug de servitude, car nous entreprenons toujours choses défendues et convoitons ce qui nous est dénié.
    Par cette liberté, entrèrent en louable émulation de faire tous ce qu’à un seul voyaient plaire. Si quelqu’un ou quelqu’une disait : ” Buvons “, tous buvaient. Si disait : ” Jouons “, tous jouaient. Si disait : ” Allons à l’ébat ès champs “, tous y allaient. Si c’était pour voler ou chasser, les dames, montées sur belles haquenées, avec leur palefroi gourrier sur le point mignonnement engantelé portaient chacune ou un épervier ou un laneret, ou un émerillon ; les hommes portaient les autres oiseaux.
    Tant noblement étaient appris qu’il n’était entre eux celui ni celle qui ne sût lire, écrire, chanter, jouer d’instruments harmonieux, parler de cinq à six langages, et en iceux composer, tant en carme qu’en oraison solue. Jamais ne furent vus chevaliers tant preux, tant galants, tant dextres à pied et à cheval, plus verts, mieux remuant, mieux maniant tous bâtons, que là étaient. Jamais ne furent vues dames tant propres, tant mignonnes, moins fâcheuses, plus doctes à la main, à l’aiguille, à tout acte mulièbre honnête et libère, que là étaient. Par cette raison quand le temps venu était que aucun d’icelle abbaye, ou à la requête de ses parents, ou pour autre cause, voulût issir hors, avec soi il emmenait une des dames, celle laquelle l’aurait pris pour son dévot et étaient ensemble mariés ; et si bien avaient vécu à Thélème en dévotion et amitié, encore mieux la continuaient-ils en mariage ; d’autant s’entr’aimaient-ils à la fin de leurs jours comme le premier de leurs noces.

    — Rabelais, Gargantua (1534), chapitre 57

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

,

Français - Analyse de texte (fr) - Français - Mouvement littéraire (fr)