Analyse de texte (fr) Littérature (fr)

L’Expiation, vers 1-28

«Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.»
«…Et chacun se sentant mourir, on était seul.»

auteur Victor Hugo
œuvre Les Châtiments (1853)
mouvement romantisme

genre poème
discours narratif, descriptif
registre épique, pathétique, tragique

cadre la retraite de Russie, 1812
actants Napoléon 1er, la Grande Armée
situation Le dur hiver russe transforme la glorieuse Grande Armée en une masse de victimes qui ont perdu leur individualité.

quoi ? un hiver personnifié (le nouvel ennemi), des soldats déshumanisés (considérés comme une masse de victimes)
comment ? exaltation de la Grande Armée, compassion et pitié vis-à-vis des soldats
pourquoi ? expiation de l'ambition (oxymore vaincu/conquête du premier vers), retour à l'individualité (au moment de mourir)

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  1. Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
    Pour la première fois l’aigle baissait la tête.
    Sombres jours ! l’empereur revenait lentement,
    Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
    Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche.
    Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
    On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
    Hier la grande armée, et maintenant troupeau.
    On ne distinguait plus les ailes ni le centre.
    Il neigeait. Les blessés s’abritaient dans le ventre
    Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés
    On voyait des clairons à leur poste gelés,

    Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
    Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
    Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs,
    Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d’être tremblants,
    Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise.
    Il neigeait, il neigeait toujours ! La froide bise
    Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,
    On n’avait pas de pain et l’on allait pieds nus.
    Ce n’étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre
    C’était un rêve errant dans la brume, un mystère,
    Une procession d’ombres sous le ciel noir.
    La solitude vaste, épouvantable à voir,
    Partout apparaissait, muette vengeresse.
    Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse
    Pour cette immense armée un immense linceul ;
    Et chacun se sentant mourir, on était seul.

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