Analyse de texte (fr) Littérature (fr)

Le Mariage de Figaro: le Comte pris au piège

«Pourquoi fuir un éloge que vous méritez si bien ?»

auteur Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
œuvre Le Mariage de Figaro (1778), pièce représentée en 1784 après avoir été censurée
mouvement les Lumières

genre comédie en cinq actes
discours narratif, argumentatif, explicatif
registre ironique, dramatique

cadre château du comte Almaviva, près de Séville
actants Figaro, Suzanne, la Comtesse, le Comte
situation Figaro amène le Comte à abandonner ses prétentions sur Suzanne pour préserver son image publique.

quoi ? menace de viol légal de Suzanne par le Comte (droit de cuissage)
comment ? démonstration publique (afin de forcer le Comte à abandonner son privilège pour préserver son image), prise à partie de la foule  (par Figaro), éloge de l'amour
pourquoi ? opposition raisonnée de Figaro au pouvoir irrationnel du Comte, émancipation par l'ironie (de Suzanne)

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  1. Figaro, tenant une toque de femme, garnie de plumes blanches et de rubans blancs, parle à la Comtesse. Il n’y a que vous, madame, qui puissiez nous obtenir cette faveur.
    La Comtesse. Vous le voyez, monsieur le Comte, ils me supposent un crédit que je n’ai point, mais comme leur demande n’est pas déraisonnable…
    Le Comte, embarrassé. Il faudrait qu’elle le fût beaucoup…
    Figaro, bas à Suzanne. Soutiens bien mes efforts.
    Suzanne, bas à Figaro. Qui ne mèneront à rien.
    Figaro, bas. Va toujours.
    Le Comte, à Figaro. Que voulez-vous ?
    Figaro. Monseigneur, vos vassaux, touchés de l’abolition d’un certain droit fâcheux, que votre amour pour madame…
    Le Comte Hé bien, ce droit n’existe plus. Que veux-tu dire ?
    Figaro malignement. Qu’il est bien temps que la vertu d’un si bon maître éclate ; elle m’est d’un tel avantage aujourd’hui, que je désire être le premier à la célébrer à mes noces.
    Le Comte, plus embarrassé. Tu te moques, ami ! L’abolition d’un droit honteux n’est que l’acquit d’une dette envers l’honnêteté. Un Espagnol peut vouloir conquérir la beauté par des soins ; mais en exiger le premier, le plus doux emploi, comme une servile redevance, ah ! c’est la tyrannie d’un Vandale, et non le droit avoué d’un noble Castillan.
    Figaro, tenant Suzanne par la main. Permettez donc que cette jeune créature, de qui votre sagesse a préservé l’honneur, reçoive de votre main, publiquement, la toque virginale, ornée de plumes et de rubans blancs, symbole de la pureté de vos intentions : adoptez-en la cérémonie pour tous les mariages, et qu’un quatrain chanté en chœur rappelle à jamais le souvenir…
    Le Comte, embarrassé. Si je ne savais pas qu’amoureux, poète et musicien sont trois titres d’indulgence pour toutes les folies…
    Figaro. Joignez-vous à moi, mes amis !
    Tous ensemble, Monseigneur ! Monseigneur !
    Suzanne, au Comte. Pourquoi fuir un éloge que vous méritez si bien ?
    Le Comte, à part. La perfide !
    Figaro. Regardez-la donc, Monseigneur. Jamais plus jolie fiancée ne montrera mieux la grandeur de votre sacrifice.
    Suzanne. Laisse là ma figure, et ne vantons que sa vertu.
    Le Comte, à part. C’est un jeu que tout ceci.
    La Comtesse. Je me joins à eux, monsieur le Comte ; et cette cérémonie me sera toujours chère, puisqu’elle doit son motif à l’amour charmant que vous aviez pour moi.
    Le Comte. Que j’ai toujours, madame ; et c’est à ce titre que je me rends.
    Tous ensemble Vivat !
    Le Comte, à part. Je suis pris. (Haut.) Pour que la cérémonie eût un peu plus d’éclat, je voudrais seulement qu’on la remît à tantôt, (À part.) Faisons vite chercher Marceline.

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