Analyse de texte (fr) Littérature (fr)

La guerre et ce qui s’ensuivit ?

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«…Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri.»

auteur Louis Aragon
œuvre Le Roman Inachevé (1956)
mouvement dadaïsme, surréalisme

genre poème
discours descriptif, narratif
registre pathétique, tragique

cadre Première Guerre mondiale, un train de transport de troupes qui montent au front
actants Aragon (médecin auxiliaire), les soldats
situation vision prémonitoire du destin de trois soldats que le poète observe dans son compartiment de train

quoi ? évocation du voyage (présent), attitudes des soldats (présent), blessures à venir (futur)
comment ? prise à parti du lecteur, adresse directe aux soldats (pour les faire revivre), personnification du train (figure symbolique du destin tragique), système d'échos (entre la vie et la mort)
pourquoi ? oubli définitif (dans le présent de l'écriture), préservation de la mémoire (par le poème)

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  1. On part Dieu sait pour où Ça tient du mauvais rêve
    On glissera le long de la ligne de feu
    Quelque part ça commence à n’être plus du jeu
    Les bonshommes là-bas attendent la relève […]

    Et nous vers l’est à nouveau qui roulons Voyez
    La cargaison de chair que notre marche entraîne
    Vers le fade parfum qu’exhalent les gangrènes
    Au long pourrissement des entonnoirs noyés

    Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles
    Jeune homme dont j’ai vu battre le cœur à nu
    Quand j’ai déchiré ta chemise et toi non plus
    Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille

    Qu’un obus a coupé par le travers en deux
    Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre
    Et toi le tatoué l’ancien Légionnaire
    Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

    Roule au loin roule train des dernières lueurs
    Les soldats assoupis que ta danse secoue
    Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
    Cela sent le tabac la laine et la sueur

    Comment vous regarder sans voir vos destinées
    Fiancés de la terre et promis des douleurs
    La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
    Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

    Vous étirez vos bras vous retrouvez le jour
    Arrêt brusque et quelqu’un crie Au jus là-dedans
    Vous baillez Vous avez une bouche et des dents
    Et le caporal chante Au pont de Minaucourt

    Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
    Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
    Déjà le souvenir de vos amours s’efface
    Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri.

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