La guerre et ce qui s’ensuivit ?

«…Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri.»

auteur Louis Aragon
œuvre Le Roman Inachevé (1956)
mouvement dadaïsme, surréalisme

genre poème
discours descriptif, narratif
registre pathétique, tragique

cadre Première Guerre mondiale, un train de transport de troupes qui montent au front
actants Aragon (médecin auxiliaire), les soldats
situation vision prémonitoire du destin de trois soldats que le poète observe dans son compartiment de train

quoi ? évocation du voyage (présent), attitudes des soldats (présent), blessures à venir (futur)
comment ? prise à parti du lecteur, adresse directe aux soldats (pour les faire revivre), personnification du train (figure symbolique du destin tragique), système d'échos (entre la vie et la mort)
pourquoi ? oubli définitif (dans le présent de l'écriture), préservation de la mémoire (par le poème)

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1 Comment To "La guerre et ce qui s’ensuivit ?"

#1 Comment By APG On June 29, 2018 @ 10:12 pm

On part Dieu sait pour où Ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu
Quelque part ça commence à n’être plus du jeu
Les bonshommes là-bas attendent la relève […]

Et nous vers l’est à nouveau qui roulons Voyez
La cargaison de chair que notre marche entraîne
Vers le fade parfum qu’exhalent les gangrènes
Au long pourrissement des entonnoirs noyés

Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j’ai vu battre le cœur à nu
Quand j’ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille

Qu’un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l’ancien Légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

Roule au loin roule train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur

Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Vous étirez vos bras vous retrouvez le jour
Arrêt brusque et quelqu’un crie Au jus là-dedans
Vous baillez Vous avez une bouche et des dents
Et le caporal chante Au pont de Minaucourt

Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri.